Une fois les cinq critères de viabilité d'un projet locatif posés (voir notre méthode d'évaluation de la rentabilité), une question reste à trancher séparément : faut-il orienter son habitat modulaire vers la location longue durée ou vers la location saisonnière ? Les deux modèles ne se distinguent pas seulement par leur potentiel de revenus, que nous ne chiffrons jamais à l'avance tant il dépend de chaque projet, mais par deux statuts juridiques différents, avec des obligations et un rythme de gestion qui n'ont rien de comparable. Cet article propose une grille de décision strictement comparative, à utiliser une fois les cinq critères de rentabilité déjà posés.

Comprendre le sujet

La location longue durée place le logement sous un bail résidentiel classique : un contrat de location vide, d'une durée minimale de trois ans, ou un contrat de location meublée, d'une durée minimale d'un an (neuf mois pour un bail étudiant). Le locataire y établit sa résidence, les loyers sont encadrés dans les zones dites tendues, et la relation contractuelle suit des règles de préavis et de congé formalisées. La location saisonnière relève d'une autre logique : elle s'adresse à des occupants de passage, sans établissement de résidence, pour des séjours ponctuels, à la journée, à la semaine ou au mois. Selon le ministère de l'Économie, cette formule ne peut excéder 90 jours consécutifs auprès d'un même client, et le loyer y est fixé librement par le propriétaire, en échange d'un formalisme contractuel et déclaratif plus lourd.

Pour décider entre les deux, l'emplacement du terrain reste le point de départ, mais la question à se poser diffère de celle posée par la méthode générale : il ne s'agit plus d'évaluer si l'emplacement est favorable à la location, mais lequel des deux modèles il favorise. Un terrain proche d'un bassin d'emploi, d'un pôle universitaire ou d'un axe de transport régulier oriente naturellement vers la location longue durée, où la demande reste stable toute l'année. Un terrain situé dans une zone à forte fréquentation touristique saisonnière, sans bassin d'emploi de proximité, oriente au contraire vers la location saisonnière, où la demande se concentre sur certaines périodes. Un même terrain ne justifie pas toujours les deux modèles à la fois.

Approfondir

Les formalités à accomplir ne sont pas du même ordre selon le modèle choisi. Pour une location longue durée, le bailleur doit, selon le ministère de l'Économie, s'enregistrer via le guichet unique des formalités d'entreprises dans les 15 jours suivant le début de l'activité de location. Pour une location saisonnière classée meublé de tourisme, un contrat écrit mentionnant le prix et l'état du logement est requis, et une déclaration en mairie est nécessaire : un enregistrement dans les communes qui l'exigent, une simple déclaration ailleurs. Depuis le 21 novembre 2024, le règlement de copropriété doit en outre autoriser ou interdire explicitement la location meublée de tourisme, un point à vérifier avant tout projet en copropriété.

La réglementation locale pèse différemment sur les deux modèles. En zone tendue, la location longue durée peut être soumise à un encadrement des loyers. La location saisonnière, elle, est encadrée commune par commune : certaines villes limitent le nombre de nuitées autorisées pour une résidence secondaire ou imposent un enregistrement renforcé. Le régime fiscal diffère également entre les deux modèles : revenus fonciers pour une location vide non meublée, bénéfices industriels et commerciaux pour une location meublée, longue durée ou saisonnière, avec des seuils qui évoluent d'une année sur l'autre. Nous ne formulons ici aucun conseil fiscal ni juridique : ces points doivent être vérifiés auprès de la mairie du lieu d'implantation et d'un professionnel du chiffre ou du droit avant toute décision.

Conseils pratiques

En synthèse, trois questions permettent de resserrer le choix. L'emplacement du terrain est-il proche d'un bassin d'emploi stable ou d'une zone à forte fréquentation touristique saisonnière ? Le porteur de projet est-il prêt à assumer une gestion active, avec rotation fréquente d'occupants, ou préfère-t-il une relation locative plus stable sur plusieurs années ? Et la commune d'implantation impose-t-elle des contraintes particulières, encadrement des loyers d'un côté, plafond de nuitées ou déclaration renforcée de l'autre ? Aucune de ces questions n'a de réponse universelle : chacune doit être vérifiée pour le terrain et le projet concernés, en s'appuyant sur la méthode des cinq critères pour chiffrer ensuite la viabilité du modèle retenu.

Ce comparatif ne remplace pas une étude de faisabilité propre à chaque projet. Notre espace Investir présente les grandes lignes des deux modèles et propose un premier outil de simulation à titre indicatif, et notre configurateur permet d'avancer concrètement une fois le modèle d'exploitation choisi.

Regard architectural

Un habitat qui se loue bien n'est jamais seulement une question de bon emplacement : c'est aussi un modèle d'exploitation choisi en connaissance de ses règles, pas découvert après la première location.

À propos de l’auteur
Yannick Akoka Fondateur de Nöma

Yannick Akoka a fondé Nöma avec une conviction simple : une architecture remarquable ne devrait jamais être un privilège. Il supervise la conception de chaque collection et partage ici ce qu’il apprend sur l’architecture modulaire, les matériaux et l’art d’habiter autrement.